Les Invisibles

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Ce reportage a été réalisé en France, entre les mois de mai et septembre 2018, lors de "foires aux bestiaux" en Haute-Savoie. À travers ces images, je cherche à questionner les rapports que nous entretenons avec les animaux dit "d’élevage". La question est politique. Cela signifie qu’elle est l’affaire de tous, qu’elle fait parti des questions dont une société, et ses dirigeants, doivent se préoccuper. Le mode d’élevage industriel étant unanimement décrié, j’ai voulu m’intéresser aux "petits élevages" que l’on dit plus respectueux des animaux, afin de soulever cette question : quelle considération avons-nous pour ces individus ?

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En France, c’est au début du XIXe siècle, sous Napoléon Bonaparte, que l’on voit naître le Code civil. Au chapitre des propriétés, les animaux y sont inscrits dans la catégorie des "biens meubles". On peut constater qu’il aura fallu plus de deux siècles pour que cette catégorisation se trouve officiellement discutée et, à vrai dire, à peine corrigée.

 
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En effet, c’est à la suite d’une campagne haletante soutenue par de nombreux intellectuels et portée par la Fondation 30 Millions d’Amis, que le Parlement français vota enfin, en janvier 2015, un amendement qui aligne désormais le Code civil sur le Code rural et le Code pénal. Malgré une forte opposition du monde de l’élevage, de la chasse et des industries animales, l’article 515-14 fut adopté : "Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens."

 
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S’il accorde enfin aux animaux le statut d’être sensible, l’article semble être cependant contradictoire puisqu’il maintient en même temps leur condition de bien de propriété. Ainsi, le Droit français reconnaît simultanément la sensibilité des animaux comme une évidence scientifique, tout en garantissant que les utilisations économiques qui les contraignent, leur nuisent ou leur coûtent la vie peuvent se perpétuer.

La Déclaration de Cambridge, rédigée en 2012 par les plus éminents neuroscientifiques et neurophysiologistes, allait plus loin. Elle permet de dire aujourd’hui avec certitude que les mammifères, les oiseaux et bien d’autres animaux encore ne sont pas seulement doués de sensibilité, mais aussi de conscience.

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"Comme nous, ils manifestent un attachement à leur propre vie, à leur intégrité physique et à leur liberté." 

 
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Dans ce contexte, il importe de faire de la sensibilité et de la conscience des thèmes prioritaires dans le débat public afin de reconnaître que chaque animal est un individu à part entière. Car lorsque nous assumeront collectivement que les autres animaux ressentent, espèrent, souffrent... lorsque les acrobaties mentales et les excuses qui nous permettent de l’ignorer seront devenues indéfendables, nous serons alors amenés à affronter, ensemble, les responsabilités devant lesquelles nous place le fait que les animaux sont des individus sensibles, comme nous.

 
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Et si le temps était venu de les considérer non plus comme des êtres inférieurs mais comme nos "concitoyens" sur cette terre ? Nous vivons dans un monde interdépendant où le sort de chaque être, quel qu'il soit, est intimement lié à celui des autres. Il ne s'agit pas de s'occuper que des animaux mais aussi des animaux.